Pour les capacités de lecture, les élèves français se classent 14ème, 10ème pour les mathématiques et enfin 12ème en sciences naturelles. Pas vraiment terrible pour une nation qui est la 5ème puissance économique mondiale. Lot de consolation : nos voisins d’outre-Rhin font encore moins bien : les Allemands se classent 21ème en lecture et 20ème respectivement en mathématiques et en sciences naturelles.
Quels sont les pays en tête du classement ? Il y a la Finlande : 1ère pour la lecture, 4ème en mathématiques et 3ème en sciences naturelles. A noter aussi la performance du Japon et de la Corée du Sud, qui se partagent les premières places (à l’exception de la lecture : il faut dire que leur mode d’écriture est bien différent, ce qui rend toute comparaison peu pertinente dans ce domaine).
Ce qui est intéressant est que la Finlande a une vision et une pratique de l’éducation bien différentes des nôtres en France. D’où bien des leçons à en tirer, compte-tenu de son classement dans l’étude comparative de l’OCDE.
La première chose à savoir est qu’il n’y a pas de débat sur le redoublement en Finlande, pour la simple raison qu’il n’existe pas. Le passage dans la classe supérieure est automatique. Le côté le plus spectaculaire est le rapport résultat-coût. Nous consacrons environ 6.800 euros par an et par élèves, alors qu’il n’est estimé qu’à 4.700 euros par an pour le pays scandinave.
Alors, est-ce à dire qu’il faille interdire le redoublement et abaisser drastiquement le budget de l’Education nationale ? Bien sûr que non ! Cela serait certainement une grande erreur.
Car le système finlandais repose sur un modèle bien particulier : celui de l’individualisation de l’élève et une gestion décentralisée de l’école. Ce qui procure une grande souplesse et surtout permet une adaptation selon les progrès de chaque écolier.
L’individualisation de l’élève
Par exemple, les lycéens évoluent dans le programme selon leur niveau. Pour ceux qui éprouvent de la difficulté, un suivi personnalisé assuré par des enseignants volontaires est à disposition. Les enfants dyslexiques, par exemple, bénéficient d’un accompagnement d’une orthophoniste présente dans l’établissement. Mais alors, dans ces conditions comment arriver à respecter le programme pour passer le Bac dans de bonnes conditions ? En France un jeune dispose, si tout se passe bien, de 3 années de la rentrée au lycée jusqu’au Bac. En Finlande cette durée est variable et peut s’étaler de 2 à 4 ans. Car ici l’essentiel est d’atteindre le niveau nécessaire pour l’examen. L’avantage de ce système est que les élèves les plus doués peuvent aller plus vite. Ceux qui, au contraire, ont quelques difficultés, peuvent apprendre à leur rythme en toute quiétude et sans pression de temps. Pour que le système fonctionne correctement, les cours sont organisés en modules avec l’objectif d’avoir le niveau dans la matière avant l’épreuve du Baccalauréat.
Au lycée, les enseignants développent un esprit d’assistance à l’élève. Et la remise en question va de soi : « Si l’élève n’a pas compris, c’est que l’on ne lui a pas vraiment bien expliqué » . N’y aurait-il pas alors un danger de déresponsabilisation des adolescents du type : « Ce n’est pas de ma faute, c’est celle de mon professeur ! » ? Il faut savoir que la quasi-totalité des jeunes est motivée par des études supérieures. Et l’accès à l’université ou aux grandes écoles est loin d’être garantie une fois le Bac en poche. Il y a sélection sévère (soit sur dossier soit sur concours), par ce que l’on appelle dans le jargon éducatif le « numerus clausus ». Alors, pour pouvoir réussir le passage de cette sélection à l’entrée, mieux vaut travailler et profiter de la disponibilité des enseignants au lycée.
Autonomie des écoles
L’autonomie de gestion de chaque établissement constitue le deuxième pilier du système éducatif finlandais. Car, depuis une loi de 1972, les écoles sont gérées par les communes. C’est ainsi que le chef d’établissement administre lui-même son budget et décide des heures de cours à allouer pour chaque matière. Si d’aventure une commune rencontre des difficultés dans le financement de l’école, l’Etat lui vient en aide.
Contrairement à la France qui a un principe centralisé dont le fameux concours « Capes » ou « Capet » marque le début d’une carrière pour la plupart de nos enseignants, l’école finlandaise procède elle-même au recrutement de son corps professoral. La sélection se fait par un collège constitué de professeurs, d’élus (du fait de la gestion communale) et de parents. L’embauche d’un professeur ne se distingue en rien de l’entreprise privée : la sélection des dossiers de candidature suivit d’un entretien. De ce fait tout corporatisme est absent. Si un enseignant est malade les collègues se mobilisent pour assurer le remplacement. Ce qui implique une grande souplesse d’organisation, rendue possible par la gestion autonome de l’établissement.
Et l’école privée ? Quelle place a-t-elle ? Elle représente environ 1% des élèves scolarisés. Autant dire qu’elle est inexistante. D’ailleurs, comme l’école est gratuite et le système éducatif donne toute satisfaction, bien peu de parents trouveraient une raison pour envoyer leurs enfants dans le privé.
Appliquer le système finlandais en France?
La grande question est de savoir s’il serait possible d’introduire le système éducatif finlandais en France. Ne serait-ce pas la solution pour rendre plus efficace notre système éducatif ? Rien n’est moins sûr. Cela impliquerait d’abord de grands changements de fond. Et il est bien connu que plus le changement est grand, plus il est difficilement accepté et donc à mettre en oeuvre. Pour qu’il y ait une réelle chance de réussite il faudrait que notre corps enseignant, les syndicats, les parents d’élèves, sans oublier le Ministère tombent d’accord. On s’en doute bien, ce n’est pas acquis d’avance, loin de là.
Ensuite, on ne peut pas passer sous silence la différence de mentalité entre les Finlandais et les Français. Un système adapté à la Finlande serait-il transposable à la France ?