Le
professeur Martial Van der Linden
est professeur de psychologie clinique
de Genève. Il s'est spécialisé
dans l'étude du fonctionnement
de la mémoire ainsi que des
relations entre mémoire et
émotions.
Les
travaux que vous avez réalisés
en collaboration avec Arnaud d'Argembeau
montrent notamment que l'on mémorise
différemment les événements
à contenu émotionnel
et les événements
neutres. Comment êtes-vous
parvenu à cette et psychopathologie
cognitive est bidi- constatation?
Nous
avons demandé à des
personnes de se souvenir d'événements
positifs, négatifs ou neutres,
par exemple une rupture amoureuse.
On leur a ensuite demandé
d'estimer les caractéristiques
phénoménologiques
du souvenir de cet événement:
est-il vivace, contient-il beaucoup
de détails visuels, dans
quel lieu et à quel moment
cela s'est-il passé? Il s'agissait
donc de décrire subjectivement
la qualité du souvenir. Nous
avons montré que les souvenirs
émotionnels ont des caractéristiques
phénoménologiques
beaucoup plus détaillées.
Cela signifie que, subjectivement
parlant, la qualité de nos
souvenirs est bien meilleure lorsque
l'on a ressenti des émotions.
Il
y a d'autres situations, connues
sous le terme de «flashbulb
memories où l'on arrive à
la même constatation: par
exemple, que faisiez-vous le 11
septembre 2001 lorsque vous avez
appris la chute des Twin Towers?
La plupart des personnes vont être
capables de se souvenir d'un grand
nombre de détails de l'environnement
dans lequel elles se trouvaient
lorsqu'elles ont appris ce qui s'est
passé ce jour là.
Dans
une recherche menée avec
plusieurs collaborateurs de l’université
de Louvain-la-Neuve et qui portait
sur le décès du roi
Baudouin en Belgique, nous sommes
parvenus à établir
un modèle qui permet d'expliquer
quels sont les différents
facteurs qui font qu'on se crée
un souvenir précis et durable
de l'endroit où l'on se trouvait
quand on a appris un événement
émotionnellement important.
Nous en avons mis en évidence
quatre:
Premièrement,
l'événement doit provoquer
un sentiment de nouveauté
et de surprise, ce qui va contribuer
à ce qu'on mémorise
particulièrement bien le
contexte. ou de colère).
Deuxièmement, il faut
que l'événement soit
important, c'est-à-dire qu'il
doit avoir des conséquences
pour la personne: ainsi, pour un
certain nombre de Belges, le décès
du roi Baudouin signifiait la disparition
de la Belgique.
Troisièmement, cet
événement doit conduire
à une réponse émotionnelle,
laquelle est déterminée
à la fois par le niveau de
surprise et par l'évaluation
de l'importance personnelle de l'événement.
Et la quatrième dimension
importante est le partage social
de l'événement: on
va ainsi consolider l'événement
cible, et indirectement le contexte
dans lequel on l'a appris, en rediscutant
de l'événe ment à
maintes reprises. En renforçant
l'événement, on renforce
également le contexte, selon
un mécanisme de liaison («
binding »), qui revient en
quelque sorte à lier les
traces mnésiques de l'événement
au contexte dans lequel il s'est
produit.
EuroBrain
- 2007
Page
1 -- Voir
suite page 2
|