Il
y a 3 ans environ, une maman vient me
voir affolée parce que son fils,
Thierry, allait probablement redoubler
sa première scientifique. Et elle
usait de tout son pouvoir de persuasion
auprès des enseignants pour que
son fils aille en classe terminale. Devant
moi elle s’exclame « vous
qui êtes prof, que dois-je dire
ou faire au lycée pour que mon
fils ne redouble pas ? » Je lui
demande alors pourquoi est-ce si dramatique
de redoubler ? Elle me répondit
que son fils voulait faire une école
de commerce, qu’il était
très motivé car il voulait
créer un jour son entreprise. S’il
redoublait sa classe de première
ça se verrait ; et ses chances
seront gâchées. Adieu !!
Le rêve de diriger un jour sa propre
société. Mais savait-elle
précisément comment on rentre
dans une école de commerce ? Lorsque
je lui ai posé la question elle
me répondit de façon péremptoire
« de toute façon le dossier
scolaire est important !! ». Impressionné
par tant d’assurance je répliquais
« qu’en savez-vous ? Vous
êtes vous renseignées sur
les admissions ? » « Non »
me répondit-elle.
Conclusion: son inquiétude était
fondée sur rien. Elle voyait dans
sa tête l’échec de
son fils, ce qui la mettait dans un état
d’esprit de panique. Qu’aurait-elle
fait devant le proviseur du lycée
? Rien de bon comme vous pouvez le deviner.
Elle aurait montré sa rancœur,
son inquiétude. Certainement le
proviseur se serait senti agressé,
manipulé, même si, sans aucun
doute, le proviseur était suffisamment
ouvert et intelligent pour prendre du
recul et s’apercevoir qu’il
a en face de lui une maman affolée
et désespérée.
Par de simples questions j’ai commencé
à lui changer sa perception. Elle
n’était plus focalisée
sur l’échec de son fils,
mais se rendait compte que sa panique
avait quelque chose d’absurde finalement.
Après un silence je la vis se détendre.
J’informais cette maman comment
les écoles supérieures de
commerce, ce que l’on appelle les
ESC, sélectionnent leurs candidats
: par un concours, qui est national. Pour
cela il y a des écoles préparatoires.
La scolarité s’étale
sur 2 années. Maintenant il fallait
voir ce redoublement probable sous son
meilleur angle. Je continuais donc à
me servir des questions pour orienter
sa perception, dans le seul but de l’amener
dans un meilleur état d’esprit.
Et la conversation se poursuivi ainsi
:
-
JFM : Que faut-il à Thierry pour
qu’il réussisse ce concours
?
- La maman : Qu’il fasse une bonne
école préparatoire pour
être dans les premiers ! Un bon
niveau ne suffit peut être pas.
Dans un concours se sont les meilleurs
qui réussissent.
- JFM : Comment Thierry peut-il atteindre
ce niveau ?
- La maman : Qu’il soit suffisamment
bon en terminal, c’est fondamental
- JFM : Faire une bonne première
est-ce une condition nécessaire
pour faire une bonne terminale ?
- La maman : Bien sûr que oui, surtout
dans une terminale scientifique. Il est
important d’avoir de bonnes bases
acquises en classe de première.
- JFM : Très honnêtement
pensez-vous que Thierry ait acquis ces
bases ?
Après
un long silence gêné celle-ci
continua :
-
La maman : J’aimerais tant vous
répondre « oui ». Mais
pour être franche avec vous je ne
pense pas. Vous savez notre fils a assez
mal vécu le divorce avec mon mari.
Il n’a pas vraiment pu travailler
dans de bonne condition. Et je le comprends.
- JFM : Et si, comme vous le souhaitez,
ses professeurs se montrent cléments
et le font passer finalement en classe
terminale ? Comment se déroulerait,
à votre avis, la terminale de Thierry
l’année prochaine ?
- La maman : Ayant fait une première
dans de mauvaise condition, Thierry aurait
sans doute du mal en terminal. Je pense,
quand même, qu’il pourrait
avoir son bac ? Quant à rattraper
tout son retard et combler ses lacunes
durant l’été ? Je
ne sais pas s’il sera suffisamment
motivé pour travailler durant les
vacances.
- JFM : Pourrait-il faire une bonne préparation
et être parmi les meilleurs pour
réussir ce concours d’école
de commerce ?
De
nouveau un silence. Cette maman se rendait
compte que finalement le redoublement
permettrait à son fils de respirer
un peu, de digérer tranquillement
le divorce de ses parents, et d’acquérir
de solides bases pour faire une terminale
dans de bonnes conditions et mettre toutes
ses chances de son côté pour
réussir le concours. Elle se rendit
compte aussi qu’elle souhaitait
le passage de son fils Thierry plus pour
elle-même, pour son propre ego :
« ça fait un peu «
looser » de dire devant les autres
que son fils redouble » m’avoua-t-elle.
Mais
l’important est ici : son état
d’esprit apaisé cette maman
pu prendre du recul, pu réfléchir,
avec le proviseur, sur le meilleur moyen
qui aiderait son fil Thierry à
atteindre son objectif (entrer en école
supérieure de commerce) plutôt
que de chercher une confrontation qui
n’aurait qu’empiré
les choses.
Suite
: les enseignements à retirer de
cette expérience
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